21

Terra invita Michael Reiner à son mariage et alla lui-même le chercher à l’aéroport, en taxi. Le psychiatre apparut parmi les autres passagers, ne transportant qu’une petite valise. Il avait à peu près le même âge que Terra, mais une physionomie complètement différente. Il n’était pas très grand et plutôt rondelet. Ses cheveux complètement gris se faisaient plus rares sur le dessus de son crâne et une barbe rendait plus sérieux son visage d’enfant. Il portait de petites lunettes cerclées d’or qui lui donnaient un air d’archéologue. Il aperçut le Hollandais dans l’aire d’accueil des voyageurs.

— Terra ! s’exclama-t-il joyeusement. Tu es en bien meilleure forme que la dernière fois qu’on s’est vus !

Michael le serra dans ses bras.

— Et on dirait bien que tu maîtrises désormais tes jambes, ajouta-t-il en reculant de quelques pas.

— C’est vrai, mais j’éprouve des problèmes avec mes genoux.

— Le docteur Penny m’en a glissé un mot au téléphone. J’ai demandé aux ingénieurs de lui fournir les plans de tes rotules bioniques.

… Terra l’entraîna vers la sortie, où il héla un taxi. Michael n’arrêtait pas de s’étonner de sa mobilité.

— Tu ne conduis toujours pas ? voulut savoir le psychiatre.

— Je ne fais pas confiance à mes jambes. D’ailleurs, un seul accident suffit dans la vie d’un homme. Il faut que je me garde bien en vie pour ma future épouse.

— J’ai hâte de rencontrer cette femme merveilleuse qui a réussi à te redonner ta joie de vivre, mon ami. Est-ce qu’elle ressemble à Sarah ?

— Non, elle est très différente. Quand je regardais dans les yeux de Sarah, je pouvais me voir, mais quand je regarde dans les yeux d’Amy, je la vois, elle, et cela me fait parfois peur. Je ne peux pas me guider sur ce que j’ai vécu avec Sarah.

— Mais cela ne rend-il pas votre relation plus intéressante ?

— Oui, mais c’est déroutant. Il y a des fois où je ne sais pas comment réagir avec elle.

— Ce qui est vraiment important, Terra, c’est que tu retrouves enfin ton équilibre émotionnel. Le reste se fera tout seul.

— Sans doute.

— Es-tu capable d’avoir des relations sexuelles normales ?

— Oui, sauf quand j’ai trop mal.

Ils arrivèrent enfin chez Amy. Michael ne cacha pas son admiration devant la beauté du paysage qui entourait la coquette maison. Terra fit asseoir son ami au salon en lui expliquant que la propriété appartenait à Amy. Il se rappelait des goûts du psychiatre : il lui versa donc un scotch et traversa la pièce pour le lui apporter, sachant très bien que chaque pas qu’il faisait seul impressionnait le Texan. Ils discutèrent des derniers programmes de la NASA Michael sentit aussitôt l’intérêt de l’astrophysicien pour la nouvelle station spatiale que les Américains entendaient construire.

Amy arriva une heure plus tard. Elle avait profité de l’absence de Terra pour aller acheter sa robe de mariée et la confier à Nicole pour qu’il ne la voie pas avant la cérémonie. Michael se leva pour la saluer. Amy jeta un rapide coup d’œil à l’horloge grand-père et rappela à Terra qu’il était presque dix-huit heures.

— Sa vie est-elle encore réglée à la seconde près ? le taquina Michael.

— Oui, affirma Amy avec amusement, mais je parlais de ses jambes. À dix-huit heures tous les jours, ses genoux le font terriblement souffrir. Nous pensions que c’était la physiothérapie qui provoquait cette douleur, alors nous y avons mis fin, mais la douleur persiste.

Soudain, le visage de Terra se tendit. Il saisit ses genoux pour les ramener contre lui. Le docteur Reiner assista à ces quelques minutes d’intenses tourments sans émettre de commentaire. Sous le prétexte de vouloir parler aux ingénieurs de ce problème, il s’isola dans la cuisine et donna un coup de fil à Jeffrey Bain, qui continuait de surveiller les déplacements du savant Hollandais depuis Houston.

— Jeffrey, le programme de localisation est-il en opération en ce moment ?

— Oui, docteur Reiner. Je localise le docteur Wilder à la même heure tous les jours. Je répète même l’opération trois fois de suite pour être bien certain de mes données.

— À partir d’aujourd’hui, je veux que tu n’effectues qu’une seule opération de localisation et je ne veux pas qu’elle dure plus de quelques secondes. Fais ce que je te demande, Jeffrey.

Il raccrocha et retourna au salon. Son assistant lui avait obéi, puisque Terra ne souffrait plus. Il était profondément adossé dans le sofa et cherchait à reprendre son souffle. Le psychiatre l’assura que Houston se penchait sur son cas. En réalité, il ne pouvait pas empêcher les militaires de suivre ses déplacements. Cependant, il pouvait certainement le soustraire à cette douleur inutile.

Le lendemain après-midi, Michael accompagna Terra à l’hôtel de ville pour y attendre l’officier de la cour et la mariée. Assis près de la fenêtre, Terra regardait au creux de sa main la bague qu’il avait jadis offerte à Sarah. Il avait choisi comme témoins Michael Reiner et Beverley Benson, deux spécialistes du psychisme humain. Beverley arriva quelques minutes plus tard, en beau tailleur crème et blanc. Elle serra Terra dans ses bras avec bonheur. Michael constatait de plus en plus que Terra avait véritablement refait sa vie dans ce coin perdu.

Terra lui présenta Beverley en lui disant qu’elle avait réussi à le débarrasser de ses cauchemars au sujet de l’accident. Les deux médecins se mirent à bavarder. À ce moment, Terra aperçut Amy à l’entrée : elle portait une magnifique robe blanche et un voile cachait son visage. Il la contempla un long moment en silence, se rappelant la joie qu’il avait éprouvée autrefois dans une petite chapelle d’Angleterre. Amy s’avança jusqu’à lui, au bras de Donald Penny, suivie de Nicole et d’un jeune homme qu’il ne connaissait pas.

— Tu es ravissante, chuchota Terra à l’oreille d’Amy.

Le flash de la caméra du jeune homme le fit sursauter. Donald s’empressa de lui présenter l’inconnu : c’était un photographe professionnel qu’il avait engagé. Terra remercia son ami et le traîna jusqu’au docteur Reiner.

— Enfin ! s’exclama Donald. Vous et moi avons beaucoup de choses à nous dire.

C’est alors que le juge Wilkinson fit son entrée, non pas vêtu de sa toge habituelle, mais d’un smoking noir. Devant leur surprise à tous, l’homme de loi éclata de rire.

— C’est habituellement le greffier de Little Rock qui se charge des mariages civils, mais quand j’ai vu sur le registre qu’il s’agissait de monsieur Wilder, j’ai décidé de m’en occuper moi-même.

Il se posta derrière le pupitre et fouilla dans les papiers qui s’y trouvaient.

— Il y a une note ici m’indiquant de vous demandez si vous avez réussi à contacter votre père, monsieur Wilder.

— Non, votre honneur, répondit Terra, je n’y suis pas arrivé.

— Ton père est vivant ? s’étonna Amy.

Terra ne répondit pas et le juge ne lui donna pas le temps de répéter sa question. Il commença la cérémonie. Terra s’entendit dire « je le veux ». Toujours enveloppé dans un curieux brouillard d’émotions, il se vit quitter l’immeuble, Amy à son bras, sous une pluie de riz, gracieuseté des sept terreurs de l’école. Les élèves s’entassèrent ensuite dans le camion de Fred Mercer et suivirent le cortège jusqu’à l’auberge Hollandaise.

Les nouveaux mariés se retrouvèrent devant une table remplie de cadeaux de noces. Amy lut à Terra les cartes de souhaits et lui montra les présents que leur avaient envoyés presque tous les habitants de Little Rock. Mais l’esprit de Terra n’enregistrait plus rien. Il revivait toutes sortes d’émotions contradictoires et ses souvenirs d’Angleterre se mêlaient au présent. Les invités portèrent un toast à leur bonheur. Assis à la table d’honneur, Terra mangea distraitement en regardant autour de lui.

Donald Penny et Michael Reiner parlèrent de Terra toute la soirée, mais le psychiatre ne révéla pas au médecin l’intérêt que portaient les militaires à ce génie de l’astrophysique. Pour sa part, Terra contemplait la joyeuse assemblée en se rappelant que son mariage britannique avait été beaucoup plus modeste et beaucoup plus calme. Il avait eu lieu sous une grande tente au milieu de la campagne. Amy mit sa main sur la sienne, le sortant instantanément de ses rêveries. En baissant les yeux sur sa petite main, il aperçut la bague à son doigt.

— Quand as-tu trouvé le temps de l’acheter ? s’enquit-elle.

— Je ne l’ai pas achetée, avoua-t-il. Cette bague a été portée par plusieurs générations dans ma famille.

— Toutes les épouses Wilder l’ont portée ?

— Non, pas les Wilder. Les Ootsveen. Mon grand-père Hollandais aurait dû la donner à la femme de son fils, mais il n’a eu qu’une fille. Alors c’est ma mère qui l’a reçue et quand elle est morte, j’en ai hérité.

— Ça veut dire que Sarah l’a portée elle aussi ?

— Oui…, murmura Terra, envahi par la crainte qu’elle la lui redonne sur-le-champ. C’est la tradition.

— Alors, je suis bien fière d’en faire désormais partie.

Après une fête plutôt animée et épuisante pour le professeur de philosophie tranquille et réservé, les heureux époux s’envolèrent pour leur voyage de noces en Hollande. Terra dormit pendant tout le trajet en avion, mais dès qu’il foula la terre de ses ancêtres, il s’anima. Autant il avait été renfermé et silencieux lors de leur séjour en Angleterre quelques mois plus tôt, autant il fut volubile en faisant visiter les Pays-Bas à sa nouvelle épouse.

Ils parcoururent la région où il avait grandi. Terra lui montra l’ancienne maison de ses grands-parents et son école élémentaire. Il lui fit aussi visiter les musées et les endroits historiques en lui racontant l’histoire de son pays natal. Lorsqu’il s’emportait, il lui parlait même en Hollandais. Amy n’y comprenait rien, mais elle ne voulait surtout pas rabattre son enthousiasme.

La semaine passa trop rapidement au goût de la nouvelle mariée, qui adorait voir son époux aussi enjoué. Dès qu’ils furent de retour à la maison, il s’installa devant l’ordinateur. Amy défit les valises en soupirant. Elle le rejoignit ensuite avec la ferme intention de le gronder et de lui fermer l’appareil au nez. Il se tourna vivement vers elle, des étoiles plein les yeux.

— Savais-tu que je peux accéder d’ici à presque toutes les publications scientifiques importantes ?

Elle jeta un coup d’œil à l’article qu’il avait déniché.

— Qu’est-ce qu’un positron ? demanda-t-elle, sachant qu’elle risquait de ne pas comprendre ses explications.

— C’est un anti-électron. L’anti-matière en est composée. Un astrophysicien vient de détecter une émission d’anti-matière au centre de notre galaxie. Il ne nous reste plus qu’à découvrir pourquoi elle se trouve là et à déterminer les conséquences de son activité sur son environnement immédiat.

Amy secoua la tête avec découragement et le laissa lire en paix. Selon elle, il y avait des choses beaucoup plus importantes dans la vie que les fontaines d’anti-matière au milieu de nulle part.

Ce soir-là, la petite Mélissa Penny naquit à l’hôpital de Little Rock, sans aucune complication ni pour elle ni pour sa maman. Terra félicita Donald au téléphone, puis songea à la possibilité d’avoir lui-même des enfants un jour. Il s’était cru trop vieux pour élever convenablement un rejeton, mais Amy affirmait qu’au contraire, il possédait une sagesse et une expérience de la vie que les jeunes couples ne pouvaient tout simplement pas transmettre à leurs enfants.

La jeune mariée s’endormit blottie contre son mari, mais elle se réveilla quelques heures plus tard pour s’apercevoir qu’il n’était plus là. Elle enfila son peignoir et partit à sa recherche. Tout comme elle le redoutait, il était assis devant l’ordinateur.

— Je n’aurais pas dû te laisser acheter cet appareil, soupira-t-elle.

— Je ne fais qu’envoyer un message à un ancien collègue à Houston.

— À cette heure de la nuit ?

À la grande stupéfaction de la jeune femme, une réponse apparut sur l’écran : MES HOMMAGES, MONSEIGNEUR.

— Monseigneur ? répéta Amy.

— C’est un code que Chris Dawson et moi utilisons, lui apprit Terra dans un élan d’enthousiasme presque juvénile.

— Qui est Chris Dawson ?

— Un astrophysicien qui travaille surtout dans le secteur des communications. C’était mon meilleur ami quand je demeurais à Houston.

NOUS, SIMPLES MORTELS, AVONS EN VAIN TENTÉ DE COMPRENDRE VOTRE DIVINE ALCHIMIE ET LES CHÂTELAINS N’Y SONT PAS PARVENUS NON PLUS. À MA CONNAISSANCE, PERSONNE DANS CE CHÂTEAU N’A POURSUIVI DE GRANDE ŒUVRE SIMILAIRE. JE REGRETTE D’INFORMER MONSEIGNEUR QU’UNE VILAINE RUMEUR CIRCULE DANS LES SOMBRES CORRIDORS DE LA FORTERESSE. LE VENT RACONTE QUE LE DRAGON EST EN QUÊTE DU GRAAL.

Terra perdit aussitôt son sourire. Désemparée, Amy exigea une explication en langage ordinaire.

— Le dragon est le nom que nous donnons à l’armée et le Graal désigne mon dernier projet de recherche.

QUEL EST L’INTÉRÊT DU DRAGON ? tapa Terra sur le clavier. LE PALAIS DES TSARS S’EFFONDRE À VUE D’ŒIL, MONSEIGNEUR, exposa Dawson. Terra demeura songeur pendant un moment. Un autre message apparut : JE COMPRENDS VOTRE DÉSARROI, SIRE. DITES À VOTRE HUMBLE SERVITEUR CE QU’IL PEUT FAIRE. Terra s’empressa de répondre. RETENEZ LE PRISONNIER DANS LE DONJON. SA VIE EN DÉPEND. La réplique fut instantanée. JE SUIS ÉTERNELLEMENT VÔTRE. FIN DU MESSAGE.

Terra s’adossa dans sa chaise, visiblement crispé. Amy le pria de traduire les dernières lignes pour elle.

— L’armée cherche à se procurer le résultat de mes recherches, parce que la station spatiale russe se détériore et qu’elle aimerait en installer une nouvelle en orbite.

— Et tes travaux leur permettraient de le faire ?

— J’ai presque mis au point une nouvelle énergie qui n’utilise pas de carburant fossilisé et qui est inépuisable.

— Alors, ils attendent seulement le moment de te reprendre, s’effraya Amy.

— Ou que je complète librement cette recherche à partir d’ici. Je crois que c’est pour cette raison que j’accède si facilement à mes fichiers. Ils surveillent mon travail à distance.

— Ils pourraient essayer de t’enlever, n’est-ce pas ?

Il savait qu’elle avait peur pour lui, mais il ne pouvait pas honnêtement lui affirmer que ses anciens patrons resteraient sagement aux États-Unis.

— Ils vont commencer par me faire des menaces avant de tenter un geste pareil, estima-t-il. Je t’en prie, n’aie pas peur.

Il la ramena au lit et la garda bien au chaud dans ses bras. Il comprenait ce qu’elle ressentait, car lui aussi avait peur de perdre la vie qu’il s’était bâtie en Colombie-Britannique. Un retour à Houston serait beaucoup trop brutal pour lui. Il doutait même de pouvoir y survivre, qu’il y soit ramené de gré ou de force.

Le lendemain matin, ils allèrent visiter à l’hôpital les nouveaux parents Penny et leur petite Mélissa, et leur offrirent les présents qu’ils avaient achetés pour la petite. Ils furent consternés, en entrant dans la chambre, de trouver Nicole en pleurs devant le petit corps inanimé, couché sur le lit. Donald et une infirmière se tenaient près d’elle.

— Elle a arrêté de respirer, pleura la nouvelle maman. Donald n’a pas été capable de la ranimer. Mon bébé est mort, Amy…

Terra n’avait jamais vu Donald aussi bouleversé. Il avait dû tout essayer pour ressusciter le poupon. Ils s’observèrent un instant en silence. Terra ne trouvait pas les mots susceptibles d’apaiser sa douleur. C’est alors que Sarah apparut près de lui.

— Ne t’en fais pas, il n’y a que toi qui puisse me voir, assura-t-elle. Si tu le veux, tu peux ramener l’âme de cette enfant, car elle a quitté prématurément son corps, mais cela te demandera une immense quantité d’énergie.

Sarah disparut. Bien sûr qu’il voulait sauver Mélissa ! Les Penny étaient des gens importants dans sa vie, maintenant. D’ailleurs, cette bonne action ne pouvait pas nuire à son karma. Mais comment devait-il s’y prendre ? Il ne faisait que commencer à se servir de ses dons de guérisseur. La plupart du temps, il le faisait instinctivement. Sans même penser qu’il risquait sa vie à tenter ce sauvetage, il s’approcha du lit où gisait le minuscule bébé.

Il cueillit la petite fille dans ses bras et alla s’asseoir avec elle dans la berceuse près de la fenêtre. Il ferma les yeux et pressa le petit corps contre lui en demandant à Dieu de faire ce qu’il pouvait pour elle. Ils furent alors tous les deux enveloppés de lumière blanche. Nicole poussa un cri de stupeur. L’infirmière se précipita vers le Hollandais, mais Donald la saisit par le bras. La lumière s’estompa bientôt et les épaules de Terra s’affaissèrent. Sur sa poitrine, le bébé éclata en sanglots. Donald lui arracha sa fille pour l’ausculter. Nicole restait paralysée.

— Dis-moi que ce n’est pas seulement une réaction nerveuse de son corps, l’implora-t-elle.

— Elle respire ! s’exclama Donald sans le croire. Et son cœur a recommencé à battre ! Il faut que je le fasse confirmer par un autre médecin !

… Il reprit le bébé dans ses bras et quitta la pièce en courant, suivi de sa femme.

— Terra, est-ce que ça va ? s’alarma Amy.

— J’ai la gorge si sèche…, réussit-il à articuler.

Elle fonça dans le couloir pour aller lui chercher de l’eau. Terra n’eut pas le temps de voir de quel côté elle était partie. En s’appuyant contre le mur, il prit la direction opposée. Il réussit à se rendre jusqu’à la sortie de l’hôpital. Il s’accrocha à la rampe de métal pour descendre les quelques marches, puis s’appuya contre les voitures pour tenter de parvenir jusqu’aux grands arbres à l’autre bout du stationnement. Exténué, il s’écrasa à quelques mètres seulement de ses sauveteurs. Malgré tous leurs efforts, les arbres n’arrivaient pas à l’atteindre.

En revenant avec de l’eau, Amy constata que Terra n’était plus là. C’est alors qu’elle l’aperçut par la fenêtre : il gisait sur le gazon et les arbres se courbaient désespérément pour le toucher. Amy courut de toutes ses forces à travers l’hôpital. Elle poussa brutalement les portes de verre, dévala l’escalier et se précipita au secours de Terra.

Incapable de le remettre sur pied, elle le traîna jusqu’aux séquoias. À la façon d’une mère, le plus fort des arbres souleva Terra dans ses branches et le pressa contre son tronc en l’enveloppant de lumière. Amy assista à cette merveilleuse scène de tendresse sans la moindre frayeur, car elle savait désormais que ces imposants seigneurs des forêts faisaient partie du processus de rétablissement de son époux. La lumière cessa au bout d’un moment et l’arbre redéposa Terra sur le sol. Amy lui prit les mains.

— Comment te sens-tu ?

— Je vais beaucoup mieux…

— Te rends-tu compte de ce que tu viens de faire ?

— J’ai commis une erreur, n’est-ce pas ? Guérir les malades, c’est une chose, mais ressusciter un bébé… Si les gens l’apprennent, je ne pourrai plus jamais les convaincre que je ne suis pas le Christ.

— Nous demanderons à Donald de dire que le bébé n’était pas vraiment mort, qu’il s’était trompé dans son premier diagnostic. Il le fera pour toi, tu sais bien. Est-ce que tu te sens assez fort pour marcher ?

— Avec un peu d’aide.

Dans tous ses états, Donald Penny sortit en trombe de l’hôpital. Il saisit Terra aux épaules. Ses yeux étaient remplis d’étonnement et de gratitude à la fois.

— Est-ce toi qui l’a ramenée à la vie ?

— Non, c’est Dieu qui s’est servi de mes mains, répondit humblement le Hollandais.

— Je ne serai jamais capable de te rendre ta bonté.

— Tu n’as rien à me rendre. Peut-être que j’avais une dette karmique envers toi.

— Je me moque de tes obligations divines. Tu es mon ami pour toujours.

Il attira l’astrophysicien dans ses bras et le serra très fort, incapable de retenir ses larmes plus longtemps. Terra le laissa pleurer tant qu’il en eut besoin. Lorsque Donald finit par se calmer, Amy le conjura de ne pas ébruiter cette affaire. Le médecin tourna les yeux en direction de l’hôpital en avouant qu’il était déjà trop tard : Nicole était tellement excitée qu’elle criait sur tous les toits qu’il avait accompli un miracle. Mais il leur promit quand même d’essayer d’étouffer les rumeurs avant qu’elles se propagent dans toute la ville.

Terra et Amy rentrèrent à la maison. Le Hollandais se dirigea aussitôt vers l’ordinateur, sous le regard irrité de son épouse. Elle le somma de ne pas l’allumer et d’aller se coucher.

— Je veux seulement voir si j’ai des messages.

Il ouvrit sa boîte de courrier électronique. Découragée mais incapable de lui faire entendre raison, Amy s’appuya dans son dos et lui massa doucement les épaules. Il avait reçu un mot de Chris Dawson. Pendant qu’il y accédait, Amy lui demanda à quoi ressemblait son ami.

— Il a mon âge, mais un visage d’adolescent, le décrivit Terra. Il est grand et mince. C’est un génie des transmissions spatiales.

MES HOMMAGES, MONSEIGNEUR, J’AI APPRIS DE LA BOUCHE MÊME DU MAGICIEN QUE LE DRAGON S’EST MULTIPLIÉ ET QUE CERTAINS DE SES RESJEONS NE SONT PAS AUSSI INOFFENSIFS QU’ILS LE SEMBLENT. IL PRÉTEND AUSSI QUE L’UN D’EUX A ACCÈS AU DONJON. QUE DIEU SOIT AVEC VOUS, MONSEIGNEUR. FIN DU MESSAGE.

— Est-ce que vous étiez des amateurs de Donjons et Dragons, par hasard ? plaisanta Amy.

— Comment l’as-tu deviné ?

— Qui est le magicien ?

— C’est un agent de la CIA qui garde un œil sur les projets les plus secrets du gouvernement. Il est souvent notre seule source de renseignements dans le monde obscur des militaires. Chris m’informe que l’armée a embauché des civils pour tenter de mettre la main sur mon projet.

— Michael Reiner ?

— C’est possible.

Terra répondit à son ami. VOS CONSEILS ME SONT PRÉCIEUX, CHEVALIER. JE CROIS QUE NOUS DEVRIONS ATTENDRE QUE LE VENT SE LÈVE AVANT D’AGIR, MON ROYAUME EST VÔTRE POUR L’ÉTERNITÉ. FIN DU MESSAGE. Puis, il s’adossa dans la chaise en songeant aux conséquences de l’intervention de l’armée.

— À quoi penses-tu ? s’inquiéta Amy.

— Lorsque les militaires veulent quelque chose, en général, ils l’obtiennent. Chris m’avait mis en garde quand j’ai commencé ces recherches. Il voyait décidément plus loin que moi.

— Est-ce que tu as peur ?

— Plus que jamais.

Amy se jeta à son cou et lui jura qu’il n’affronterait pas seul cette terrible menace.

Qui est Terra Wilder ?
titlepage.xhtml
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_023.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_024.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_025.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_026.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_027.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_028.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_029.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_030.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_031.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_032.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_033.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_034.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_035.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_036.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_037.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_038.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_039.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_040.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_041.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_042.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_043.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_044.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_045.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_046.html
Robillard Anne-[Wilder-1]Qui est Terra Wilder(2006).French.ebook.AlexandriZ_split_047.html